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voici 3 "entrées" du roman: merci de voter pour la 1, la 2 ou la 3 !

Le 29 septembre 2013, 09:14 dans Humeurs 0

1.      Mise en quarantaine

 

   Alerte maximum. Mise en quarantaine illimitée. Etat d’urgence décrété…

 

   J. Bernardini a encore dans les oreilles la nouvelle : il est coupé du monde extérieur. Jusqu’à nouvel ordre. Mais coupé déjà, il était. Médecin psychiatre centenaire toujours en exercice, il sait combien les habitants du complexe se sentent coupés de tout, depuis la catastrophe. De leurs racines, de leur histoire. Ils ont construit un nouveau monde bardé de protections, mais n’ont plus de contacts avec une nature vitale. Ils n’ont plus de contact direct avec le soleil, ni la terre nourricière. Ils se sont abrités dans  ces milliers de complexes semés géométriquement sur tous les points d’appui possibles de la planète. Mais ils ne sentent plus la furie des vagues, ni la pluie drue qui tombe en averses ou en crachins, ni le vent qui apaise ou gèle jusqu’aux os, ni le soleil qui les réchauffe ou les brûle. Oh, ils ont bien installé des étages entiers d’ersatz, qu’ils appellent toujours thalasso ou balnéothérapie, spas, jacuzzis, hammams, saunas. Ils ont imité la forme et le bruit des vagues, les forêts profondes, les paysages accidentés, mais ils savent que très vite après leur promenade, ils retrouveront les limites de la propriété. Il se souvient d’un voyage au Maroc, il y a longtemps, où entre Ouarzazate et Zapora, les touristes étaient emmenés en 4x4 dans un espace présenté comme le désert, et qui n’était qu’une portion de dunes où on leur permettait de voir sans risques se coucher le soleil, et de monter sur un dromadaire usé par ces promenades circulaires.

 

   Le complexe perd tous ses repères extérieurs. Pyramide en Egypte, building au XXème siècle, il ressemble de loin à ces cathédrales élancées élevées à la gloire des humains. Gratte-ciel de 8280 mètres, 1620 étages, 10440 appartements, 120000 habitants, celui-ci a été le premier construit après la catastrophe. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2.      Bazar.

    Allongée dans la coque aux nuances bleues-vertes, bateau-lit, bateau ivre, je me laisse aller aux pensées nostalgiques. Ici, en 2063, la chambre occupe un espace qui s’étire paresseusement, 8m3, ovoïde, bourrée de technologies. Tout est conçu pour le bien-être. Mais rendez-moi  le bazar que j’habitais lorsque j’avais 3 ans, avec mon jumeau, D.Valérian ! Où nous n’étions pas constamment sous surveillance ! Et pouvions,  avec nos matelas épais et durs et rectangles, construire des toboggans. Qui descendaient sur des piscines plus imaginées qu’élaborées. Mais avaient un semblant de réalité dû au contenu de nos gourdes d’eau. J’avais demandé à ma mamie naïve de les remplir. Elle s’était acquittée scrupuleusement de cette tâche. Persuadée du bien-fondé. Puis, seconde erreur, s’était éloignée jusqu’à l’étage du bas pour s’attaquer à la corvée de vaisselle.  Elle n’a compris que trop tard que 41 mois était l’âge qui ouvrait le plus de perspectives. Et après les exclamations d’usage d’une grand-mère atterrée, culpabilisée, prise en défaut de surveillance, alors qu’elle était là justement pour ça, les parents au travail, celle-ci n’avait pu que rajouter à la vaisselle le nettoyage et le rangement à fond de la chambre. Alors que cet été là avait flirté, en Loire-Atlantique, avec les 30 degrés et le soleil cuisant. Qui avait été très utile au séchage rapide de tout ce qui avait été malencontreusement sur la trajectoire de nos gourdes, remplies ras bord. Avant que les parents reviennent. Alèses, draps, livres, peluches, vêtements, le bilan était lourd, nous adorions patauger. Et nous avions passé le reste du temps, au moins jusqu’à la sieste, à combler la mamie de câlins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3.      Bracelet brésilien.

 

   Mon bracelet vibre. C’est un joli bracelet brésilien, et je me souviens encore de grand-mère qui s’évertuait à vouloir me montrer les secrets de sa fabrication, d’après un livre de papier cartonné où figuraient les explications, en 2016, quand elle nous rejoignait dans la maison que mon père avait bâtie, de ses mains, parpaing après parpaing, week-end après week-end, et dont je ne sais si aujourd’hui il en reste encore quelque chose. Mon frère jumeau et moi nous retenions de rire. Je finissais par lui montrer comment s’y prendre. Mais inutilement. Elle n’était pas en mesure de trouver les gestes des nœuds, leur logique. Elle n’était pas très manuelle.  Pas adroite de ses mains. Pas adroite du tout ni de rien. Elle offusquait, parfois. Ma mère en rajoutait, franche jusqu’au bout des ongles. Nous, nous continuions à rire, à nous moquer, gentiment, de cette dame que nous imaginions mal en mère de notre mère. Pleine de bonne volonté, créative en diable, marginale, et terriblement maladroite. Elle écrivait, peignait, bricolait. Toujours remplie de projets, d’idées. Toujours à côté de la plaque. Ma mère lui avait interdit d’entrer dans l’école, quand nous étions en maternelle. Car elle bousculait, parlait fort, se faisait remarquer, toute à la joie de nous retrouver. Elle nous racontait que de sa grand-mère maternelle, elle avait conservé le souvenir d’une femme froide et sévère qui l’empêchait de jouer avec des épingles à linge, à 2 ans. Elle l’avait ressenti en rejet. Ma mère également s’était sentie rejetée par sa grand-mère maternelle. Elle ne l’avait comprise que plus tard. Trop tard. Quand celle-ci avait subi une dégradation physique et morale d’un premier AVC, suivi 6 ans plus tard d’un dernier qui l’avait laissée hémiplégique et aphasique. Mais rayonnante. Aujourd’hui, la médecine répare tous les pépins du corps. Même si l’humanité a payé très cher son entrée dans l’ère paisible.

 

 Mon bracelet vibre et me met en alerte. C’est un bracelet qui a été restauré, ses couleurs d’origine sont revenues, très vives. Et auquel on a intégré un système sophistiqué de communication. Il suffit que je l’effleure et il sait si j’accepte d’être mise en relation avec mon central. Le monde a évolué, il prend mieux en compte les personnes. Mais il existe toujours une hiérarchie qui me semble antinomique au concept de liberté. Les centraux expliquent que l’avenir est encore trop incertain, trop fragile. Nous l’avons échappé belle. Mais à quel prix. C’est peut-être pour le comprendre que je me suis engagée dans les élites. Mon frère, D-Valérian, a préféré s’orienter vers la construction. Nous avons réussi à nous retrouver avec nos cousins dans le même complexe. C’est une chance. Ou  mieux, une volonté. Après tout, c’est l’esprit de famille qui nous a permis de nous en sortir. Nous lui devions bien ça. Auparavant, nous étions trop géographiquement éparpillés. Il y eut une époque où il n’était plus question que de mobilité, et l’anathème sur ceux qui traînaient des pieds. Sauf que des peuples en dominaient d’autres, pillaient leurs moyens de subsistance, et refusaient que ceux qui crevaient de faim et de misère deviennent mobiles à leur tour. C’était au temps où 6 milliards d’hommes peuplaient la planète, régis par le capitalisme sauvage. Mobiles, c’était aussi isolés, coupés de ses racines. Les banlieues étaient montrées du doigt, mais c’était bien plus insidieux.

 

   La voix du central m’a ramenée à la réalité. Il faut que je me rende dans un autre complexe. Une enquête suite à la disparition d‘un véhicule de l’armée. Ceux-ci sont entreposés au rez-de-chaussée,  qui ne dispose que d’une entrée, un sas, avec un vaste dispositif de contrôle et de décontamination. Les complexes sont disposés en pyramides, sous-sols entièrement et mécaniquement plantés et protégés, au-dessus, les usines également robotisées, qui arrachent sous la terre les minerais les plus à portés et nécessaires, puis les enchevêtrements de câbles et machines transformant l’énergie du soleil et du vent et de l’eau, et enfin, les transports qui permettent des échanges, car les productions ne sont pas toutes identiques, et les centraux s’évertuent à ce que chaque complexe bénéficie des mêmes apports, ou équivalents. Ensuite viennent les premiers humains, l’armée, les services de surveillance. Je travaille au deuxième étage, dans le corps de police. Au-dessus se superposent plusieurs centaines d’étages. Une cour au milieu de la pyramide capte la lumière. Quand je dis cour, il faut se représenter un terrain de plusieurs hectares, complètement couvert en son sommet d’une protection transparente. Quand  Bush au vingtième siècle évoquait un bouclier pour échapper aux méfaits de la disparition de la couche d’ozone, sur la proposition d’éminents scientifiques, il n’imaginait pas que le danger ne viendrait pas de l’ozone, mais de l’uranium, du nucléaire. Et que ce n’était pas seulement du ciel qu’il faudrait se protéger, mais encore plus de la terre. Et qu’un demi-siècle plus tard, ce qui restait de l’humanité avait dû s’enfermer dans des complexes, immenses, certes, mais limités, pour pouvoir continuer à survivre. Des missions se sont installées sur mars, d’autres planètes sont explorées, mais les avancées sont plus lentes que prévues. La mer offre un milieu encore plus hostile. Les complexes ont fait disparaître la guerre en même temps que les frontières. Le mien se situe sur l’ancienne Bretagne, mais rassemble d’autres peuples, et les centraux veillent à un brassage des populations. Mon frère craint que ses enfants soient envoyés ailleurs. Heureusement, la stabilité du couple de nos parents semble transmis à la famille. Etant professionnellement souvent éloignée de mon complexe, j’ai le privilège de ne pas craindre les mutations.

 

   Chaque étage est construit comme une ville, un village, un hameau. En sandwichs les fonctions hôpital, grandes écoles, fermes, aires de jeux, lieux de mémoire, ateliers d’artistes, stations de repos ou de vacances, et tout en haut, observatoire. Les myriades d’étoiles. Là-haut, nous sommes des Petit Prince qui tutoient le ciel, les roses et les renards. Et nous remémorons son St-Exupéry, sur qui s’est enfermée la mer, à jamais. Pionnier de l’aviation accueilli en marin, égal à Jean Bart, Surcouf et capitaine Strogoff. Egal à lui-même. Nous regarderons dans la même direction, d’où surgiront Camus et les ombres plus fraîches de ceux qui ont écrit le destin après lui.

 

   Il est facile d’évoluer de l’un à l’autre, à travers des couloirs, transparents lorsqu’ils se situent à l’extérieur, piétons, boules ou œufs. Les boules disposent d’un ou plusieurs sièges,  comme les voitures d’antan, sièges visibles, colorés, lumineux. Les œufs permettent de voyager debout ou allongé. Il suffit de prononcer un mot, dans ces cabines, pour arriver à destination. N’importe quel mot. Comme je suis curieuse, j’ai tout essayé. Ici, ailleurs, nulle part, je ne sais pas. Ailleurs et je ne sais pas m’ont envoyée tout autour de la planète, à presque ras de terre. Autour, chemin le plus court pour revenir à mon point. Le meilleur point de vue aussi, entre les fulgurances d’autres voyageurs, traits lumineux à peine tracés, et les pointillés piétons. Entre les complexes existe encore un vieux monde constitué de montagnes et d’océans, mais dépourvu de glaciers, et pauvre en eaux. Des arbres subsistent ça et là, des bêtes aussi, parfois étranges.

 

   Une vision de moins en moins apocalyptique .Mais encore fort impressionnante : un Oradour-sur-Glane niveau mondial.

 

   J’ entre dans une de ces boules et lance quartier général zone. Je ne sais pas où je serai conduite. Par sécurité, le lieu de rendez-vous n’est jamais le même et jamais connu d’avance. Quelques minutes et je retrouve l’équipe. Les barrières de la langue n’existent plus depuis la traduction simultanée. Le plus informé commence par vérifier qu’il n’y a pas eu de fuites. J’ai  déjà tenu ce rôle, par le jeu des hasards. A notre niveau, aucun chef promulgué, mais des missions qui nous y catapultent, à tour de rôle.

 

 

 

 

 

 

formation d'un roman

Le 16 septembre 2013, 11:19 dans Humeurs 1

ça fait longtemps que j'ai sur le gril ce projet: mais paraît que même dans ce type d'activité considérée à tort comme isolée voire maudite (cf poètes maudits), il y a un sérieux besoin de soutien si l'on veut aboutir. J'avoue que moi, c'est pire: je ne peux m'en sortir si je ne suis encouragée, lue, critiquée (positivement), conseillée.

j'ai déjà un titre: darges, 2060.

et un premier chapitre: le bracelet brésilien.

j'explique ma démarche: en 2060, Malicia, contraction entre Mamie (moi) et Alicia (une de mes petites-filles) se retrouve après la catastrophe dans un monde fait de complexes qui émergent d'une terre devenue inhabitable, essayant de trouver sa place dans un espace restreint, et alors que des vols de véhicules réputés inviolables disparaissent.

maintenant, merci de me donner votre avis, vital !